11 février 2012

Lundi des cathos, mardi des machos, mercredi des phallos, jeudi des fachos....

L’humour est une arme incroyable. Les féministes des années 1970 s’en sont emparées dès leurs débuts et l’une d’entre elles, Carole Roussopoulos en témoigne dans un entretien accordé à Hélène Fleckinger : « Le Mouvement de Libération des femmes, qui a duré à mon avis très peu de temps, était vraiment lié à cette subversion et à cet humour. C’est comme ça qu’on peut gagner des luttes, ce n’est pas en faisant du militantisme ennuyeux où on se sacrifie dans des réunions… Et c’est vrai que le jour où nous n’avons plus rigolé, c’était la fin du mouvement, c’est devenu autre chose ». Et c’est vrai, quand je pense au dépôt de la gerbe à la femme du soldat inconnu, je trouve cela incroyablement drôle, de même lorsque je regarde la vidéo Maso et Miso vont en bateau réalisé par le collectif Les Insoumuses devant laquelle je suis tout bonnement morte de rire en voyant ce détournement d’une émission de Bernard Pivot rassemblant un tas de miso assumés… Beaucoup plus récemment, je suis écroulée lorsque Florence Foresti s’interroge sur la fabrication des poussettes et le fameux « instinct maternel » dans certains de ses sketchs…  Ces formes d’humour me font rire, et pourtant elles ne sont basées ni sur la moquerie ni sur la bêtise au contraire. Elles me font rire parce qu’elles révèlent l’absurdité d’un système en le prenant à son propre piège, en le saisissant à l’endroit même où il se croyait le plus fort, ainsi les institutions, les médias, le capitalisme sont remis en question, interrogés. S’opposent à eux un argumentaire qui révèle aux yeux du public les fondements insensés du système. Et cela me fait rire parce que ces résistances évoquent pour moi la possibilité d’une autre société, j’entrevois là une possible émancipation (en l’occurrence des femmes) par la mise en exergue des contradictions qui fondent la société patriarcale. Cet humour s’empare des failles par lesquelles nous pouvons transformer la société qui nous opprime.

6 février 2012

La grammaire française : une inégalité bien réelle

Pour ceux et celles à qui échapperait la nécessité de réformer la langue française au profit de l'égalité des genres, voici un exemple qui vaudra mieux que tous les discours.

Soit un texte en deux versions.

Version 1 : sont ici appliquées les règles grammaticales en cours, à savoir celles du masculin comme neutre pluriel.
Ce jour-là, les révolutionnaires marchaient dans les rues en chantant.
« A bas la dictature ! », criaient-ils en brandissant le poing. Certains sortaient du cortège pour appeler les passants et les inciter à les rejoindre, d'autres portaient haut leur bannière. La préparation avait été longue mais festive : on avait bu, on avait ri, on avait inventé des slogans bons à crier à la face des tyrans. Hommes et femmes s'y étaient mis : ils avaient tracé de grandes lettres noires et rouges sur les drapeaux, avaient confectionné des brassards, puis ils s'étaient tous donné rendez-vous pour le lendemain, aux aurores. Maintenant, unis et fiers, beaux et grands, enfin libres et dignes par la force de leur propre volonté d'émancipation, ils marchaient vers le palais, armés de leur seule conviction de mériter mieux que ce qu'on leur donnait.

Rien ne vous choque ? C'est normal, c'est l'habitude.

5 février 2012

La fellation-domination

Je viens de découvrir qu'il existe une Anthologie littéraire de la fellation. Je ne m'en étonne pas : on doit trouver pléthore de cette pratique sexuelle dans la littérature – comme dans le cinéma, du reste. Quant à L'anthologie littéraire du cunnilinctus, on peut encore chercher. Celle ou celui qui voudrait s'y atteler ne récolterait sûrement pas autant de pages que l'auteur de L'anthologie littéraire de la fellation(1).

Largement utilisée pour dominer les femmes, il n'est plus possible que la fellation soit une pratique amoureuse et sexuelle comme une autre : le symbole de domination est trop fort, trop ancré. La pornographie en sait quelque chose : la femme à genoux devant un homme, en position de soumission, la tête écrasée par une main solide sur « le membre viril », exclusivement occupée au plaisir masculin – jusqu'à l'éjaculation, bien sûr – est un classique. On connaît aussi l'usage de la fellation dans les rapports hiérarchiques : le patron avec sa vendeuse ; le directeur ou le petit chef avec sa secrétaire, sous le bureau, (Tiens… Ca ne vous rappelle rien ?) ; le tuteur avec sa stagiaire ; le prof avec son étudiante ; le petit copain qui, à la maison, fait du chantage affectif à sa copine, laquelle finit par sucer docilement la queue du monsieur alors qu'elle n'a pas envie de sexe. Des exemples d'abus par fellation, on en a tellement dans la tête que ça en devient dangereusement banal. Le « suce-moi salope », beaucoup de femmes le connaissent, bien souvent avec un homme qui leur plait et avec qui elles pensaient nouer une relation respectueuse. Cette expression, fort courante, est également visible sur les portes et les murs de nombreuses toilettes publiques. Par contre, l'abus de personne par cunnilingus et le « suce-moi salaud » sont tellement inconnus que je n'ai trouvé aucun exemple. C'est normal : tout abus de l'autre nécessite une place de pouvoir, et la domination masculine la fournit à chaque homme face à chaque femme. Même le plus dominé des dominants a une domination à exercer, celle que la société lui donne, de fait, sur les femmes – celle qu'il a épousé en premier lieu.

22 janvier 2012

Lettre à Jean-Noël Jeanneney

Monsieur,

Ce matin, samedi 21 janvier 2012, j'ai écouté votre émission intitulée « Le péril jeune, de l'Antiquité à nos jours », dans Concordance des temps, sur France culture.
Je tiens à vous signaler que votre invité et vous-même n'avez cessé, tout le long de votre émission, de parler de « jeunes » comme s'il s'agissait de TOUS les jeunes alors qu'il s'agissait d'évidence des jeunes hommes. Quel exemple plus criant, d'ailleurs, que celui des bordels prévus pour les jeunes : car qui a jamais entendu parler de bordels pour jeunes femmes ?

Monsieur Jeanneney, pouvez-vous me dire ce que vaut un historien qui ne précise pas de qui il parle ?
Que vaut un historien qui évacue de son propos la moitié de l'humanité – les femmes – sans le signaler clairement ?
Que vaut, surtout, un historien qui ne se rend pas compte – et c'est bien le plus grave – qu'il pense, fabrique et transmet l'histoire de façon erronée parce qu'en tant qu'homme il part du présupposé que parler des hommes c'est parler de l'histoire de l'humanité ?

Quand vous dites « les jeunes » dans le sens de « tous les jeunes » et qu'en réalité vous ne parlez que des jeunes hommes, vous exercez une violence symbolique sur les femmes en les faisant disparaître de l'histoire de l'humanité. Vous les rendez invisibles, inexistantes, insignifiantes. Alors, Monsieur Jeanneney, sauf le respect que j'ai pour vos émissions, je vous dis ceci :
inutile de nous faire des émissions sur l'histoire de la virilité (14 janvier 2012) et sur le féminisme, pendant lesquelles vous aimez vous montrer le défenseur de l'égalité des genres, si, le reste du temps, vous vous comportez en mâle dominateur qui exclut les femmes de l'histoire.

Ce serait bien que vous en preniez conscience, que vous décidiez alors de vous corriger, et, pourquoi pas, de vous excuser auprès des femmes : ce serait leur rendre un peu de la considération dont on les prive si souvent.

Réfléchissez, Monsieur Jeanneney. En tant qu'historien et en tant qu'homme, vous avez des responsabilités.

Virginie

21 janvier 2012

Une histoire lointaine et proche

Rencontre avec Pinar Selek le vendredi 27 janvier à 20h à la Station

Une histoire lointaine et proche : Que peut-on apprendre des expériences des mouvements féministes et LGBT en Turquie ?

Autant la Turquie a traversé des conflits féroces, autant elle a fait l’expérience d’échanges féconds. La relation entre les mouvements féministes et LGBT en est un parfait exemple : Les deux mouvements se sont influencés réciproquement et ont réussi à se transformer tout en continuant d’appeler à la liberté. Nous avons réussi à ouvrir de nouveaux chemins. Des chemins pour résister au système, montrer et faire accepter que nous sommes une partie dynamique d’une vie commune dans la société. Nous nous opposons au pouvoir en troublant toutes les normes.
Nous discutons pour créer ensemble des espaces politiques en connaissant nos différences et sans dériver vers un idéal de société mondiale globalisée et uniforme. Des espaces pour saluer, inviter, écouter, regarder, entendre, voir, apprendre et partager.

Le patriarcat influence différemment nos vies en fonction de notre statut dans la hiérarchie sociale. Donc, nous, femmes, nous ne sommes pas un groupe homogène. Alors, pour nous comprendre, mais aussi pour changer la vie, nous avons besoin de voir nos différences dans la réalité hiérarchique. Voir ces différences ainsi que les ressemblances est important pour connaître les diverses formes du féminisme mais aussi pour enrichir nos actions. Sans lutter contre la guerre, le nationalisme, le militarisme, la pauvreté et toutes sortes de discriminations, il est impossible de trouver les remèdes à nos blessures. Parce que nous aussi, nous risquons d’être pris-e-s dans le système hégémonique.

Notre liberté est notre capacité de créer un monde commun et une nouvelle existence qui n’est pas construite de l’extérieur.

Je suis optimiste parce que je connais cette capacité et je vois que nous avons déjà commencé à nous engager sur les chemins de la création d’un souffle commun.


Pinar Selek, janvier 2012

20 janvier 2012

L'Apollonide, souvenirs de la maison close

« Quand je parle de sexualité, je ne songe pas au coït mécanique névrotique, mais à l'étreinte amoureuse ; non à cette espèce d'urinement-dans-la-femme, mais à la recherche de son bonheur à elle. » Wilhelm Reich, La fonction de l'orgasme, 1952.



Qu'on ne se méprenne pas : ceci n'est pas un compte rendu de film. Ce serait plutôt l'inverse : le compte rendu de ce qu'un film rend compte. Et puis, aussi : un prétexte à parler de nous, les femmes, et de vous, les hommes, car dans un monde constitué d'hommes et de femmes, il va de soi que quand on parle des unes, on parle des autres, et cela il va bien falloir l'accepter. Comme vous êtes forcément l'un ou l'autre, ou l'un et l'autre pour les intersexués, les trans en transition et les hermaphrodites, vous êtes forcément concerné. Le film-prétexte du jour est L'Apollonide, souvenirs d'une maison close, de Bertrand Bonello, sorti en octobre 2011.

Le film

C'est avec beaucoup d'habileté et de talent que Bertrand Bonello, qui s'est beaucoup documenté sur le sujet, nous fait entrer pas à pas dans une maison close de la fin du 19e et du début du 20e siècle, lupanar au décor sophistiqué destiné aux hommes de la haute société.

La progression que nous fait suivre Bertrand Bonello est lente, tranquille – une douce incursion derrière les apparences avec, tout de même, une scène violente au tout début du film. C'est ainsi qu'il commence par nous montrer les femmes telles que les clients veulent les voir : complaisantes et lascives, heureuses en apparences. Mais l'envers du décor ne tarde pas à paraître, sans pathos, sans larmes, sans rien d'exagéré. La présence croissante des gros plans sur les visages fatigués de ces femmes, sur ces visages fermés, las de jouer la comédie, ainsi que la description de l'emploi du temps strict et du règlement auxquelles elles doivent se plier ne peuvent que nous persuader que ces femmes subissent leur sort. L'une est défigurée par un client à la lame rapide, l'autre s'enfuit dans l'opium pour oublier que son client habituel ne veut pas l’épouser, une autre a la syphilis, et toutes ont leur malheur à porter, un malheur de femme qui n'a pas d'autre choix que de vendre son corps. Plus le film avance et plus les visages nous donnent à lire la fatigue de la vie, mais aussi le désespoir et le désir impossible de changer de cap et d'espérer un avenir meilleur.

19 janvier 2012

Que les hommes et les femmes soient belles !

Pétition (ici)


« Le masculin l'emporte sur le féminin. »


Cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte. »

Pourtant, avant le 18e siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment.

Plus récemment, l'éminente linguiste, Josette Rey-Debove, l'une des premières collaboratrices des dictionnaires Le Robert, disait à ce sujet : « J'aime beaucoup la règle ancienne qui consistait à mettre le verbe et l'adjectif au féminin quand il était après le féminin, même s'il y avait plusieurs masculins devant. Je trouve cela plus élégant parce qu'on n'a pas alors à se demander comment faire pour que ça ne sonne pas mal. »

335 ans après la réforme sexiste de la langue

Nous appelons chacun-e à révolutionner les écrits, les correcteurs d'orthographe et nos habitudes en appliquant la règle de proximité !

Nous demandons à l'Académie française de considérer comme correcte cette règle qui dé-hiérarchise le masculin et le féminin et permet à la langue une plus grande de liberté créatrice.




A l'initiative de : L'égalité, c'est pas sorcier ! - La Ligue de l'enseignement - Le Monde selon les Femmes - Femmes Solidaires

13 décembre 2011

Attention !



La poste des poupées sera en vacances à partir du 19 décembre.
L'envoi des commandes qui arriveront après cette date sera différé d'une dizaine de jours...

Merci de votre compréhenion et joyeux nowel !

6 décembre 2011

L'exil et les femmes : rencontre avec Pinar Selek

Quelques nouvelles qui nous viennent de Lezstrasbourgeoises dont nous relayons le texte : une rencontre avec la militante Pinar Selek ce vendredi 9 décembre à 17h à la salle de la Bourse à ne pas manquer !!!

Pinar Selek, écrivain, sociologue, militante féministe, LGBT, pour les droits des minorités et anti-militariste, qui subit une répression politique depuis 13 ans en Turquie, vit depuis peu en exil à Strasbourg. Dans le cadre du Festival Strasbourg méditerranée, elle interviendra dans une rencontre sur le thème : Femmes et exil. C’est l’occasion de faire sa connaissance et de lui faire bon accueil puisqu’elle est désormais notre hôte à Strasbourg.

Pinar Selek, écrivain et sociologue, est également militante féministe, LGBT, pour les droits des minorités (Kurdes, Arménien-ne-s, Grecs/ques, Roms, enfants des rues, travailleuses du sexe, etc.) et anti-militariste en Turquie. Elle a entre autre co-fondé l'association féministe Amargi* à Istanbul qui est très active et qui a créé un des premières librairies féministes en Turquie. Elle est rédactrice en chef du journal féministe édité par Amargi. Elle a également mené des initiatives très intéressantes à Istanbul telles que des ateliers artistiques de rue, menés avec des enfants des rues, des trans' et des travailleuses du sexe. Dans le cadre de son travail de sociologie elle mène des recherches sur des questions liées aux discriminations et à la guerre. Elle développe une conception originale de la sociologie selon laquelle une recherche doit aboutir à une implication concrète auprès des personnes enquêtées. Elle a également écrit des romans et des nouvelles témoignant de son expérience ainsi que des contes pour enfants inspirés des histoires qu’elle a racontées aux enfants des rues. Ses travaux en tant qu’intellectuelle et son engagement politique sont indissociables.

4 décembre 2011

"Grrr... Rêve des femmes, soyons infâmes"

"Un homme sur deux est une femme"
"Nous aurons les enfants que nous voulons !"
"Les violeurs sont les milices du patriarcat"
"Non au patriarcat même à temps partiel"
"Les voies du plaisir ne sont pas toujours pénétrables"
"Une lesbienne qui ne réinvente pas le monde est une lesbienne en voie de disparition"


Les éditions iXe viennent de sortir un très beau livre à découvrir absolument !

40 ans de slogans féministes, 1970-2010

Par : Corinne App, Anne-Marie Faure-Fraisse, Béatrice Fraenkel et Lydie Rauzier

Des centaines de slogans mais aussi de très nombreuses (et superbes) photos de manifestations composent ses pages surpenantes et drôles, pleines de vie et de cris. Cris des féministes dans les luttes pour l'avortement, contre le racisme, pour des droits égaux, contre la guerre... Quarante ans de révolte sont relatés, du point de vue de celles qui ont arpenté inlassablement les rues pendant quatre décennies contre le patriarcat, en brandissant banderoles et panneaux, en scandant slogans et hymne des femmes.

Féministes tant qu'il faudra ! Voilà de quoi inspirer nos présents et futurs combats !

En attendant des jours meilleurs, ce livre sera certainement du plus bel effet sous un sapin... Et on le trouve pour 18 euros à Violette and co.