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25 octobre 2017

Réponse à une tribune #Balancetonporcnonmerci dans Libé.


Depuis l’apparition des hashtag Balancetonporc et MeToo, on assiste à une vague de réactions moralisatrices de la part d’hommes et de femmes. Ce texte est une réponse à une de ces réactions qui décrédibilisent la parole des femmes qui témoignent de violences qu’elles ont subi, sous prétexte qu’elles ont utilisé un de ces hashtag, un de ces « gros mots » sur les réseaux sociaux.


Cette tribune me fait l'effet d'une excuse. « Excusez-nous », ou plutôt, « Excusez-LES ! C'est les nerfs, les émotions ! » qui inscriraient « LA lutte féminine dans l’irrationnel ». Entre émotions et irrationalité il n'y a donc qu'un pas. Or les femmes qui se battent contre les violences qu'elles subissent sont souvent très « émues », tristes, honteuses, hargneuses, aigries, acariâtres ou très en colère (c’est le minimum), ce qui ne les empêchent pas de monter au créneau et de se battre de manière tout à fait rationnelle. Avec leurs tripes et avec leurs cerveaux, les deux en même temps ! Acariâtres (adjectif utilisé de manière péjorative dans la tribune) signifie d'abord « tenir tête dans la confrontation » (avant de signifier « de mauvaise humeur »), ce qui est plutôt une bonne chose dans cette situation.
Face à la violence on ne réagit pas toujours comme si de rien n'était. Même après. Des mois, des années après. Même derrière son écran d'ordinateur. Parce qu'on n'a pas pu y répondre sur le coup ou au moment où on l'aurait voulu. Même quand on ne s'en souvient plus vraiment parce qu'on a tout fait pour l'oublier, il reste toujours un petit quelque chose qu'on n'a pas digéré. Et ça sort comme ça, avec les « mauvais mots » - le salaud, le connard, le vautour, le porc... selon les sensibilités -, mais on sait toujours à quoi cela fait référence. « Balancer son porc » sur fb et tw c'est donc pour beaucoup de femmes, raconter ce qu'elles ont subi sans forcément dénoncer des personnes, sans poser de noms mais au moins des mots. Des mots qui raclent, des mots crus, des mots qui pleurent, des mots qui gueulent, des mots qui rient aussi. Allez lire un peu ce qu'écrivent vos copines, vous verrez il y a des perles. Nombreuses sont celles qui usent de l'humour pour prendre du recul sur ce qui s'est passé, et sur ce qui se passe encore. Il y a peut-être « des accents presque épiques, comme dans une longue litanie de chœur dans une tragédie grecque » (analyse l’auteure de la tribune), quoi que je ne crois pas avoir lu de témoignages où les auteures utiliseraient ce mode pour décrire des situations vécues, elles laissent ça au cinéma et aux médias.
Parfois, ça sort avec un ou des noms. Pourtant peu de noms sont sortis compte tenu du nombre d'agresseurs. Le nombre de femmes ayant utilisé les hashtag (MeToo/Balancetonporc) se comptent par dizaines (je crois mêmes centaines) de milliers, vous imaginez le nombre d'agresseurs ? Peu de femmes ont dénoncé directement. Celles qui ont osé, et bien, c'est dur pour l'agresseur, mais « excusez-Les », elles n'ont pas fait exprès, c'est sorti tout seul. Non ! Raconter derrière son écran d’ordinateur n’est pas une preuve de lâcheté de la part des femmes mais plutôt une preuve du manque de cadres dans lesquelles celles-ci peuvent témoigner. Cette décision n'est pas simple à prendre et il ne s'agit pas seulement de méchanceté ou de colère gratuite, c'est souvent un acte de courage qui demande mure réflexion.
Tout ce qui sort sur les réseaux sociaux, ça sort parce que les femmes ont un peu plus de courage, plus de force. La force de ce qui se passe en ce moment c'est le nombre, la masse. Se sachant moins seules, nous les femmes, nous osons (enfin) parler. Ces mots qui sortent de partout, ces femmes qui parlent bien ou mal donnent du courage aux autres. Se reconnaître entre nous, ça fait partie de la lutte : s’unir pour être plus fortes et pour « frapper » plus fort. Montrer que nous savons que nous ne sommes pas seules et que nous prenons conscience de notre force. Ça fait peur, beaucoup plus qu'un « peuple opprimé » qui se venge « contre son tortionnaire » dans une « pièce de théâtre baroque » (dixit l'auteure).
La peur que ces mots dégagent, la peur de la dénonciation ou la mise sous pression d'un certain nombre de personnes est une tactique, un moyen de lutter contre les violences. Pour que ça n'arrive plus. Pour mettre en garde. Attention ! C’est bien une menace envers les agresseurs avérés ou potentiels. J'ai entendu pas mal de journalistes dire que « maintenant les hommes ne peuvent plus lever le petit doigt sans être accusés de viol ». C'est tellement miteux et révélateur, mais ça marche, ça parle, ça rassemble. Ça tombe sous ce merveilleux bon sens commun (entendez par là le sens des hommes). C’est un argument de plus pour que rien ne se dise, que rien ne puisse être entendu : « Taisez-vous sinon on va croire que tous les hommes sont des violeurs ! » Tous les hommes ne sont pas des violeurs effectivement. Mais cette façon de blâmer la parole faisant référence aux violences faites aux femmes par les hommes est une manière de défendre la culture du viol. Autrement dit, de défendre le fait que le corps des femmes appartient aux hommes et que ces derniers ont le privilège d’en faire ce qu’ils veulent. Nos corps leurs appartiennent.
Ne pas admettre que cette lutte-là, contre les violences, comme d'autres luttes qui concernent les femmes, NE pourra PAS se faire sans violence, c'est être un peu trop naïf et c'est surtout ne pas regarder la réalité en face (à lire : le texte de Christiane Rochefort sur les couteaux). Les mots sont tranchants, violents : oui, vous défendez la culture du viol. Oui, en disant cela vous collaborez. C’est violent de l’entendre.
Dire que cette violence est du même ordre que celle des agresseurs (comme expliqué dans la tribune), c’est minimiser les violences faites aux femmes ou au contraire accuser les femmes d’une violence démesurée. Elles devraient encaisser et se taire. En faisant référence à René Girard dans son livre « Mensonge romantique et vérité romanesque » (?!), l’auteure de la tribune explique que les victimes s’identifieraient aux bourreaux et seraient en prise avec des « instincts contagieux et destructeurs ». Si cela peut arriver à certaines victimes, ce n'est pas une règle générale. Il serait intéressant d’analyser les deux types de violences (celle des hommes agresseurs et celles des femmes qui y répondent) : les armes, les fréquences, les structures sur lesquelles elles se reposent, les solidarités, les institutions, les cadres juridiques... C’est totalement inégal, incomparable ! Tout comme les chiffres : le nombre de femmes victimes de harcèlement, de violences, de viol, de meurtre… et le nombre d’hommes victimes des mêmes types de violences. Mais les femmes qui parlent ne cherchent pas à minimiser le nombre de victimes masculines. Le réflexe le plus répandu lorsque cette parole émerge fait dire à de nombreuses personnes que « les hommes battus, ça existe aussi » ! Personne n'a dit le contraire mais comparer est totalement stérile.
A la fin de la tribune, l’auteure nous propose d’ailleurs de comparer, de prendre un autre point de vue et d'imaginer la même chose dans le « cas inverse », c’est-à-dire : et si le hashtag #Balancetasalope était inventé ? (Salope étant donc l’inverse de porc !) Les femmes selon elle, seraient indignées. Les vilaines ! Sur le Blog de Soral, quelqu’un y a pensé aussi : « Après "Balance Ton Porc" pour les femmes, "Balance Ta Pute" pour les hommes ? » demande l’auteur.
Ces discours font partie du même système. Ils nous expliquent à nous les femmes (car c'est bien à nous qu'ils sont adressés) qu'il faut quand même faire attention de ne pas gueuler trop fort, de ne pas faire ou dire n'importe quoi, pas trop de dégâts, qu’il faut être « pondéré[e], rationnel[le] et non moins audacieu[se] » en même temps. Mais aussi qu'il ne faut pas s'acharner sur un homme en particulier qui finirait par cristalliser toute la haine des femmes (même si sa culpabilité a été prouvée), qu'il faut savoir pardonner, d'autant plus quand justice est faite ! Mais de quelle justice parlons-nous ?! Si ça pète dans tous les sens en ce moment c'est bien qu'il y a un problème dans la justice, un problème de cadres.
Le problème est pris dans le mauvais sens : « réduire les revendications des femmes agressées à #Balancetonporc c'est sortir la cause des femmes des cadres juridique et sociétal ». Ne croyez-vous pas plutôt que « la cause » des femmes est déjà « en dehors » de tout ? Regardez les chiffres : il y a très peu de femmes qui portent plainte (par exemple 10% seulement des femmes violées), très peu de plaintes qui aboutissent à un procès et encore moins de procès qui aboutissent à une peine juste. La justice est injuste (pour les femmes). Tout comme les lois. Que dire de ce cadre sociétal qui fête les femmes deux fois par an (le 8 mars et le 25 novembre) en permettant aux députéEs de l'assemblée nationale de porter des jupes et d'être présidentes de séance une fois dans l'année ? L’exception qui confirme la règle ?!
On frôlerait « la limite de la guerre des sexes » ? Parler sur des réseaux sociaux c'est ça « déclarer la guerre » ? La paix (situation dans laquelle de nombreuses personnes, hommes et femmes semblent se trouver), c'est laisser les choses ainsi et faire en sorte que la moitié de l'humanité continue à se taire ou à parler de choses et d'autres avec bienséance, légèreté, distance, références ou professionnalisme et à encaisser (les coups) en silence. Mais ne vous inquiétez pas, dans quelques jours les rédactions n'en feront plus la Une des journaux. En attendant que ça leur passe, il est important de dire pour que ce soit lu, entendu, vu par le plus grand nombre et il est important de ne pas réprimer la parole en se focalisant sur des questions de forme.

M


17 mars 2012

Vous avez dit « IVG de confort » ?

Marine Le Pen a récemment déclaré vouloir cesser les remboursements des « IVG de confort ». L'expression, et l'intention, en auront choqué plus d'une, et avec raison. En quoi un avortement pourrait-il être confortable, ou destiné au confort ? J'ai décidé de ne pas laisser pas cette pauvre Marine Le Pen engluée dans son ignorance crasse : elle fait déjà assez de mal comme ça.

D'abord, son compagnon Louis Alliot a défendu la notion d'« IVG de confort » en arguant qu'elle était médicale et qu'elle lui venait d'un professeur, le Dr Grégoire Moutier : vrai et faux. L'expression existerait bel et bien mais elle est utilisée dans les milieux médicaux anglo-saxons pour désigner les avortements des fœtus malformés. Par ailleurs, le Dr Moutier n'est pas professeur – c'est lui-même qui le fait remarquer –, il se dit militant en faveur de l'IVG et déclare dans Le Monde que ses propos sur l'IVG de confort, dits dans une interview donnée au Figaro, ont été sortis de leur contexte, déformés et instrumentalisés par le FN, et qu'il n'aurait jamais cru être utilisé par ce parti. Je propose donc que, puisque cette instrumentalisation a été faite pour le confort du FN, on la rebaptise « instrumentalisation de confort ».

Ensuite, avant d'ouvrir la bouche à tort et à travers, sans savoir de quoi elle parle, Marine Le Pen ferait bien de s'informer des causes des IVG et des catégories les plus touchées, cela lui éviterait de dire qu'« il y a des abus dans ce domaine » et que certaines « exagèrent » (L'Express, 9 mars 2012). Comme si les femmes qui avortent s'offraient un caprice, une folie, une gourmandise, comme on reprend une tranche de rôti alors qu'on en a déjà mangé cinq. Comme si ces femmes se disaient : « Oh et puis zut ! J'ai trop envie d'avorter ! Je vais exprès tomber enceinte, comme ça je pourrai revivre cet exaltant moment qu'est l'avortement ! »
Il est ressorti au forum du 7 mars 2011 sur l'IVG, présidé par Israël Nisand, que les mineures et les 18-25 ans sont les seules tranches d'âges où l'IVG est en hausse continue. Israël Nisand a déclaré que la cause en est à un manque aberrant d'éducation sexuelle, malgré la loi du 4 juillet 2001 qui fait de l'éducation à la sexualité à l'école une obligation légale. La faute à qui ? A la morale, aux parents, aux lobbys religieux, mais aussi à une absence de volonté politique dans ce domaine. Autant dire qu'à vouloir ignorer que les adolescentEs ont une sexualité, on les pousse à l'avortement ou à la grossesse non désirée. D'autre part, Israël Nisand préconise un accès anonyme et gratuit à la contraception, sans que les parents soient informés par la Sécurité sociale. Pour le moment, seuls les ados qui se rendent dans les Plannings familiaux en bénéficient, mais c'est largement insuffisant et discriminant pour tous/toutes ceux/celles qui sont excentréEs et mal informéEs. Israël Nisand pointe d'ailleurs avec justesse une contradiction notoire : « L'IVG est anonyme et gratuit, la pilule du lendemain est anonyme est gratuite, mais pas la contraception. » Quand il ajoute « On marche sur la tête ! », on est bien d'accord avec lui.

Pour finir, ajoutons que dérembourser l'avortement est non seulement revenir sur un acquis très important pour que les femmes puissent s'appartenir en propre, mais aussi que c'est ajouter une inégalité à un monde qui en a déjà assez comme ça. Car à quoi cela va-t-il conduire ? Celles qui auront les moyens d'avorter avorteront, et les autres… les autres devront voler pour pouvoir payer ? Nombreuses seront mères contre leur gré. Et on sait assez qu'un rouage d'injustice sociale en entraine facilement d'autres à sa suite, créant un destin social des plus sombres.

Maintenant que voilà la candidate Le Pen instruite, on lui saurait gré de cesser de faire polémique sur un sujet qui a fait couler bien plus de sang que d'encre. Qu'elle pense aux poires en caoutchouc, aux canules, au savon et aux aiguilles à tricoter qui ont torturé trop de femmes. Elle leur doit le respect de ne pas toucher à un droit difficilement et tardivement acquis : celui de ne pas être punie d'avorter.

Virginie

11 février 2012

Lundi des cathos, mardi des machos, mercredi des phallos, jeudi des fachos....

L’humour est une arme incroyable. Les féministes des années 1970 s’en sont emparées dès leurs débuts et l’une d’entre elles, Carole Roussopoulos en témoigne dans un entretien accordé à Hélène Fleckinger : « Le Mouvement de Libération des femmes, qui a duré à mon avis très peu de temps, était vraiment lié à cette subversion et à cet humour. C’est comme ça qu’on peut gagner des luttes, ce n’est pas en faisant du militantisme ennuyeux où on se sacrifie dans des réunions… Et c’est vrai que le jour où nous n’avons plus rigolé, c’était la fin du mouvement, c’est devenu autre chose ». Et c’est vrai, quand je pense au dépôt de la gerbe à la femme du soldat inconnu, je trouve cela incroyablement drôle, de même lorsque je regarde la vidéo Maso et Miso vont en bateau réalisé par le collectif Les Insoumuses devant laquelle je suis tout bonnement morte de rire en voyant ce détournement d’une émission de Bernard Pivot rassemblant un tas de miso assumés… Beaucoup plus récemment, je suis écroulée lorsque Florence Foresti s’interroge sur la fabrication des poussettes et le fameux « instinct maternel » dans certains de ses sketchs…  Ces formes d’humour me font rire, et pourtant elles ne sont basées ni sur la moquerie ni sur la bêtise au contraire. Elles me font rire parce qu’elles révèlent l’absurdité d’un système en le prenant à son propre piège, en le saisissant à l’endroit même où il se croyait le plus fort, ainsi les institutions, les médias, le capitalisme sont remis en question, interrogés. S’opposent à eux un argumentaire qui révèle aux yeux du public les fondements insensés du système. Et cela me fait rire parce que ces résistances évoquent pour moi la possibilité d’une autre société, j’entrevois là une possible émancipation (en l’occurrence des femmes) par la mise en exergue des contradictions qui fondent la société patriarcale. Cet humour s’empare des failles par lesquelles nous pouvons transformer la société qui nous opprime.

5 février 2012

La fellation-domination

Je viens de découvrir qu'il existe une Anthologie littéraire de la fellation. Je ne m'en étonne pas : on doit trouver pléthore de cette pratique sexuelle dans la littérature – comme dans le cinéma, du reste. Quant à L'anthologie littéraire du cunnilinctus, on peut encore chercher. Celle ou celui qui voudrait s'y atteler ne récolterait sûrement pas autant de pages que l'auteur de L'anthologie littéraire de la fellation(1).

Largement utilisée pour dominer les femmes, il n'est plus possible que la fellation soit une pratique amoureuse et sexuelle comme une autre : le symbole de domination est trop fort, trop ancré. La pornographie en sait quelque chose : la femme à genoux devant un homme, en position de soumission, la tête écrasée par une main solide sur « le membre viril », exclusivement occupée au plaisir masculin – jusqu'à l'éjaculation, bien sûr – est un classique. On connaît aussi l'usage de la fellation dans les rapports hiérarchiques : le patron avec sa vendeuse ; le directeur ou le petit chef avec sa secrétaire, sous le bureau, (Tiens… Ca ne vous rappelle rien ?) ; le tuteur avec sa stagiaire ; le prof avec son étudiante ; le petit copain qui, à la maison, fait du chantage affectif à sa copine, laquelle finit par sucer docilement la queue du monsieur alors qu'elle n'a pas envie de sexe. Des exemples d'abus par fellation, on en a tellement dans la tête que ça en devient dangereusement banal. Le « suce-moi salope », beaucoup de femmes le connaissent, bien souvent avec un homme qui leur plait et avec qui elles pensaient nouer une relation respectueuse. Cette expression, fort courante, est également visible sur les portes et les murs de nombreuses toilettes publiques. Par contre, l'abus de personne par cunnilingus et le « suce-moi salaud » sont tellement inconnus que je n'ai trouvé aucun exemple. C'est normal : tout abus de l'autre nécessite une place de pouvoir, et la domination masculine la fournit à chaque homme face à chaque femme. Même le plus dominé des dominants a une domination à exercer, celle que la société lui donne, de fait, sur les femmes – celle qu'il a épousé en premier lieu.

22 janvier 2012

Lettre à Jean-Noël Jeanneney

Monsieur,

Ce matin, samedi 21 janvier 2012, j'ai écouté votre émission intitulée « Le péril jeune, de l'Antiquité à nos jours », dans Concordance des temps, sur France culture.
Je tiens à vous signaler que votre invité et vous-même n'avez cessé, tout le long de votre émission, de parler de « jeunes » comme s'il s'agissait de TOUS les jeunes alors qu'il s'agissait d'évidence des jeunes hommes. Quel exemple plus criant, d'ailleurs, que celui des bordels prévus pour les jeunes : car qui a jamais entendu parler de bordels pour jeunes femmes ?

Monsieur Jeanneney, pouvez-vous me dire ce que vaut un historien qui ne précise pas de qui il parle ?
Que vaut un historien qui évacue de son propos la moitié de l'humanité – les femmes – sans le signaler clairement ?
Que vaut, surtout, un historien qui ne se rend pas compte – et c'est bien le plus grave – qu'il pense, fabrique et transmet l'histoire de façon erronée parce qu'en tant qu'homme il part du présupposé que parler des hommes c'est parler de l'histoire de l'humanité ?

Quand vous dites « les jeunes » dans le sens de « tous les jeunes » et qu'en réalité vous ne parlez que des jeunes hommes, vous exercez une violence symbolique sur les femmes en les faisant disparaître de l'histoire de l'humanité. Vous les rendez invisibles, inexistantes, insignifiantes. Alors, Monsieur Jeanneney, sauf le respect que j'ai pour vos émissions, je vous dis ceci :
inutile de nous faire des émissions sur l'histoire de la virilité (14 janvier 2012) et sur le féminisme, pendant lesquelles vous aimez vous montrer le défenseur de l'égalité des genres, si, le reste du temps, vous vous comportez en mâle dominateur qui exclut les femmes de l'histoire.

Ce serait bien que vous en preniez conscience, que vous décidiez alors de vous corriger, et, pourquoi pas, de vous excuser auprès des femmes : ce serait leur rendre un peu de la considération dont on les prive si souvent.

Réfléchissez, Monsieur Jeanneney. En tant qu'historien et en tant qu'homme, vous avez des responsabilités.

Virginie

23 novembre 2011

Ecchymoses

Depuis Peau d'âne et la robe couleur de temps, les choses n'ont pas beaucoup changé. Que faut-il faire pour échapper aux abus des pères, des frères, des maris, des amis, des cousins ? Que faut-il faire ?

Peau d'âne aura tout essayé pour échapper à l'inceste. « Donne-moi la robe couleur de lune et je t'épouserai », dit-elle à son père, en se disant que jamais il ne pourra la lui donner, et qu'alors elle sera libre de toute obligation. Mais voilà qu'il la lui donne. Peau d'âne demande alors la robe couleur de soleil, puis la robe couleur de temps, et à chaque fois, son père les lui trouve. Alors elle lui demande la peau de son âne le plus précieux : celui qui fait des écus d'or. Et là encore, le père s'exécute : il a trop envie de sa fille, trop envie de posséder sa beauté juvénile. Face à l'horreur de sa situation, Peau d'âne devient Peau d'âne : elle se sauve, cachée par la peau d'âne, et se retrouve servante d'un prince.

25 octobre 2011

And the winner is…

« Et le gagnant est… » Eh oui ! Le gagnant de la palme du dominateur le plus rapide de l'ouest, je l'ai rencontré hier. J'ai de la chance, non ? Je sortais d'un bar avec deux amies avec qui j'avais passé une merveilleuse soirée féministe, quand un homme s'adresse à l'une d'elles : il avait trouvé qu'elle avait quelque chose de fort dans sa parole et il voulait lui poser une question. Cet homme aimait une femme à la folie, mais bon, comme cela arrive parfois, il ne lui semblait pas qu'elle l'aimait autant. La question était : qu'est-ce que les femmes attendent d'un homme ? Ce à quoi nous avons répondu qu'on ne peut donner une réponse générale à une telle question. Tout cela aurait pu être très sympa dans un état d'esprit de respect mais ça n'a pas été le cas. Car voici comment ça s'est passé.

21 octobre 2011

Viols Femmes-Informations : un intitulé qui dérange ?

Nous diffusons ci-dessous le texte du Collectif féministe contre le viol, dont la permanence téléphonique est menacée.



Une campagne gouvernementale contre le viol … OUI, BRAVO !
3919 numéro d’appel unique pour toutes les violences faites aux femmes ? NON, DANGER !
Viols Femmes-Informations : un intitulé qui dérange ?



A la publication du 3ème Plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes le CFCV s’est félicité que pour la première fois la lutte contre le viol soit un axe prioritaire d’un plan gouvernemental comprenant notamment la promotion du 0 800 05 95 95 Viols-Femmes-Informations. (Numéro d’appel gratuit, du lundi au vendredi 10 h-19 h mis en place et tenu par le Collectif Féministe Contre le Viol sur des financements publics depuis le 8 mars 1986).

30 septembre 2011

Pourquoi nous ne participerons pas à la « Slutwalk » strasbourgeoise du 1er octobre 2011 ?

L'organisation à Toronto de la première Slutwalk, nous avait plongées dans un enthousiasme immédiat. Cette révolte spontanée, subversive et radicale inaugurait pour nous un renouveau du mouvement féministe, surgit de la réalité vécue par les femmes. La propagation au niveau mondial de cette manifestation nous a confortées dans notre excitation première.

Ainsi en apprenant la tenue d'une Slutwalk à Strasbourg, nous avons souhaité prendre part à cet événement, prêtes à en rejoindre les rangs à grand renfort de mégaphone et de slogans.

Mais après maintes réflexions et lectures sur le sujet, notre refus final d'y participer traduit notre désillusion. En effet, nous avons été très attentives à la manière dont la communication a été faite autour de cette marche.

Décortiquons-là.

29 août 2011

Un troussage de domestique

A paraître, le 1er septembre 2011 :


Rencontres autour du livre :


Le 15 septembre 2011 à 19 h. à la librairie le Lieu Dit, 6 rue Sorbier 75 020 Paris.

Le 23 septembre 2011 à 19h à la librairie Violette and Co, 102 rue Charonne, 75 011 Paris

20 août 2011

C'est l'été et les petites filles s'en prennent aussi plein la tronche


Nous sommes toutes habituées à voir des corps de femmes dénudés, retouchés avec Photoshop nous vendre du rêve, du luxe, et de la confiance en soi en promettant d'atteindre cet idéal si l'on s'approprie le bon produit : lingerie, voiture, bijoux, alimentation, crème anti-cellulite, anti-ride, gélule coupe-faim et j'en passe.

Nous savons aussi toutes qu'avant de rentrer dans un tabac-presse ou la librairie de la gare nous devons nous armer psychologiquement à affronter les revues féminines nous incitant à perdre 5 à 10 kilos en 2 semaines le tout pour notre plus grand bien puisqu'avec perte de poids rime estime de soi, estime et envie des autres, plus grande sociabilité (vous êtes agréable à voir, élancée et souriante parce que bien dans votre corps, on va forcément plus facilement vous aborder) et plus de sexe (on vous désire plus et vous n'avez plus à avoir honte de vous montrer nue). Oui enfin ça c'est si vous n'avez pas l'estomac qui gargouille toutes les trois minutes et que vous n'êtes pas irascible et fatiguée parce que vous n'avez pas votre apport de calories pour la journée.

28 juin 2011

Explication de vote

Sans grande surprise, l’Assemblée Nationale a rejeté mardi 14 juin la proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de mêmes sexes. Si l’on peut s’interroger sur les motivations à l’origine de cette proposition faite par l’opposition, l’écoute des explications de vote démontre – s’il en était besoin – l’attachement à la famille patriarcale et l’homophobie qui règnent dans les institutions.
Pour notre plus grand plaisir, l’Assemblée Nationale met en ligne ces explications de vote qui sont pour le moins révélatrices. Je vais pour ma part tenter de décortiquer les arguments qui ont été mis en avant par les groupes Nouveau Centre et UMP pour refuser l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

27 avril 2011

Ni gaulois-es ni réactionnaires, les lesbiennes, gays, bi-es, trans-es et intersexes sont en colère !

Suite à la polémique qui fait rage autour de la campagne de communication de l'inter-LGBT concernant l'affiche de la Marche des fiertés 2011 de Paris, l'affiche a été abandonnée.

Pourtant, nous ne pouvons pas en rester là. En effet, nous dénonçons les caractères sexiste, homophobe, lesbophobe, transphobe, patriotique, nationaliste et conformiste, qui prédominent dans cette affiche.

24 avril 2011

Jusqu'où iront-ils ?

Je me rends à Paris pour le week-end. Je rejoins ma copine et je suis impatient de la voir. Je suis également heureux de passer du temps dans cette ville. Paris, ville dont j’aime la culture, son histoire, ses monuments, ses musées, les gens que j’y rencontre…
En sortant du train, je me dirige vers le métro. Comme à l’habitude, les couloirs sont tapissés de publicités. Habituellement, je n’y prête pas grande attention même s’il m’arrive de m’attarder devant des affiches de concerts, d’expositions… (Je dois dire que les affiches de film sont généralement celles que je regarde le moins.) Mais ce soir là, mon regard a été capté par une pub pour un film.

9 mars 2011

Chantal et l'emploi

En ce moment, on trouve un peu partout, répandue sur la Toile, cette info fatidique : selon un récent sondage de l'INSEE, 25% de la population française pense qu'en temps de crise économique -maintenant, quoi- la priorité doit aller aux hommes pour l'emploi. Bin oui, de l'emploi, il n'y en a plus pour tout le monde, alors il faut faire des choix et décider qui est prioritaire pour ramener des « sousous dans la popoche »(1).

18 février 2011

Les oeufs et l'omelette

Un certain 26 janvier 2011, où le ciel est bleu et les oiseaux chantent, malgré le fait que le chat soit dehors -il chasse les souris, sans doute...- entre deux gorgées de thé, j'ouvre Charlie Hebdo. La Tunisie, les conflits d'intérêts, la page éco, les dessins parsemés à dessein dans cet amas de feuilles volantes satiriques. Page 7, traîne un titre qui me fait tiquer : « Foetus et crucifix ». Kézaco ?

16 février 2011

Cerveau XX, cerveau XY

Alors, mesdemoiselles, nous qui sommes toutes hétérosexuelles,… (ben si, si, pour les magazines féminins et consorts, nous sommes toutes hétérosexuelles. C’est comme ça très chères, il va falloir nous y faire !)

Donc, reprenons. Nous qui sommes toutes hétérosexuelles et dont la seule vraie et noble aspiration dans la vie est de satisfaire notre homme : bonne nouvelle ! Nous allons pouvoir compulser une « bible » qui va nous permettre de «  mieux le comprendre »… 

11 février 2011

Rosa, le rouge de la honte...

C'est le matin de noël, il neige sans discontinuer depuis hier soir... Je repense à l'image d'une femme, lascivement allongée, vêtue d'une anecdotique nuisette, sous la neige qui tombe... Ce n'est pas une nouvelle publicité d'Aubade ou Givenchy, non non non, c'est Rosa Luxembourg dans le spectacle de Claire Diterzi. Ce spectacle, Rosa la rouge, a été programmé en Novembre 2010 au Maillon, salle de spectacle contemporain de Strasbourg.

Pourtant je devrais aimer ça. J'ai bénéficié d'un éducation privilégiée où la création contemporaine tenait une place de choix. Je suis un pur produit de la petite bourgeoisie culturelle. Etudiant en première année à Strasbourg, il y a dix ans de ça, je prenais le mois de mon arrivée un abonnement au Maillon (avant qu'il ne brule), un abonnement au TNS, une carte illimité à l'Odyssée. Fils d'enseignants et enseignant moi-même ! Et pourtant, et pourtant, j'ai année après année pris une distance réfléchie avec les créations contemporaines et avec les lieux qui les diffusent et les légitiment. Assez parlé de moi, parlons du spectacle... Évacuons le fait que dans sa forme le spectacle m'a été passablement désagréable, ce n'est pas un motif valable pour critiquer une œuvre. J'ai même tendance à souhaiter d'une œuvre de qualité qu'elle me trouble, qu'elle me mette mal à l'aise, voire qu'elle me cause quelque désagrément. Sinon autant regarder Babar. Je sens que vous commencez à vous demander pourquoi j'écris cet article, j'y viens.

22 novembre 2010

Mon vagin a des dents !



Au moment de la coupe du monde en Afrique du Sud (un viol commis toutes les 26 secondes pour vous situer l'ambiance), où la venue massive de supporters laissait craindre une recrudescence des agressions sexuelles, 40 000 préservatifs « anti-viol » (le RapeX) ont été distribués. Le concept, créé par la docteure Sonette Ehlers, vise à empêcher le viol par un dispositif que les femmes placent dans leur vagin. Une sorte de tampon creux en plastique et latex qui, tapissé de picots, emprisonne le pénis au moment où celui-ci se retire du vagin. En gros, il la pénètre, et lors du va et vient le dispositif reste accroché à son pénis. Cela engendre une forte douleur et est sensé l'immobiliser, laissant le temps à la victime de s'enfuir (en espérant qu’il ne se soit pas effondré sur elle). Le violeur, contraint de faire appel à un médecin pour retirer le préservatif peut donc être identifié comme « violeur ». Mais après?

18 novembre 2010

Les Pétroleuses sont nées... Enterrons-les avant qu'elles n'achèvent la dernière féministe!


Contexte: Je me rends à la gare pour prendre mon train, direction maison familiale, après une semaine de militantisme acharné avec les poupées. En attendant que mon train arrive, je vais faire un petit tour au kiosque. Et là, oh surprise, je tombe sur un nouveau magazine. Son nom? Les Pétroleuses.
Là tout de suite ça fait tilt, dilling dilling dans ma tête, ascenseur émotionnel bref... les pétroleuses, pour moi, c'est les communardes, celles qui ont participé à La Commune et rejetaient la domestication des femmes et qui se sont battues pour instaurer la parité. Bref, des féministes quoi. Alors je m'empare de la revue et l'emporte dans l'Alsace profonde, me réjouissant de la venue d'un nouveau magazine féministe. Je m'installe, tranquillement, et commence la lecture. Pour l'instant, tout va bien... jusqu'à ce que je tombe sur l'article: « Ma semaine sans cuisine ». Cet article aurait pu traiter du partage des tâches dans un couple, remettre en question la place des femmes dans la société, refusé (petit clin d'œil aux communardes) la place de ménagère toute tracée pour les femmes dans cette société patriarcale... Elles auraient pu...